danseuse natacha paquignon
violon alto pierrem thinet
conception natacha paquignon, pierrem thinet
chorégraphie natacha
paquignon
lumières eric lombral
scénographie natacha paquignon,
olivier mortbontemps
construction des décors olivier mortbontemps
Durée environ 20 minutes
L’aquarium créé dans l’ensemble
Le rêve dans tous ses états a l’objet d’un travail de recréation en 2007.
« On ne rêve pas
profondément avec des objets. Pour rêver profondément, il faut rêver avec des matières ». Gaston Bachelard, L’eau et les
rêves
L’eau est une matière fascinante : mouvante, vivante, vigoureuse et en même temps calme, douce, berçante.
Elle est la matière première, dont la symbolique universelle évoque la renaissance, le renouvellement, la
régénération. Mort d’une ancienne vie pour en faire renaître une nouvelle.
Agréable régression qui nous ramène aux
origines de notre inconscient.
Par son mouvement perpétuel, l’eau donne une impression d’infini. Se laisser vivre,
laisser l’imaginaire se déployer, laisser faire le temps qui n’en finit plus de couler. Se laisser happer par ce mouvement
que l’on ressent au plus profond de soi, ce mouvement des liquides corporels qui donne la vie. Prendre conscience que
l’immobilité intérieure n’existe pas. Et ressentir l’é-motion, cet élan interne qui provoque chaque mouvement.
L’eau, le mouvement, la musique sont des émotions. Émotions primaires, qui font appel à l’inconscient, sans passer par la
réflexion.
L’aquarium est né d’une envie de recherche sur la matière. L’eau est immédiatement apparue comme celle
que j’avais envie d’explorer. Cette matière a souvent interpellé mon imaginaire jusque dans mes rêves.
J’ai
toujours aimé l’eau. Barboter, nager, plonger, sont des plaisirs qui ne s’épuisent jamais. J’avais envie depuis longtemps
de faire de l’eau un partenaire de danse. Notre travail sur les rêves m’a menée sur ce chemin. L’aquarium correspond à une
recherche de liberté, de renouveau, dans mon parcours artistique.
Natacha Paquignon
Quatre murs en plexiglas forment un carré de 3m par 3m. Au milieu, une « baignoire » rectangulaire, elle aussi en
plexiglas, remplie d’eau. La danseuse évolue dans cet espace confiné mais transparent. Le public est placé tout autour.
Le musicien se trouve à l’extérieur. Le duo naît du rapport entre le son et le mouvement.
L’aquarium a été conçue pour pouvoir être jouée dans des espaces variés, dans des lieux prévus ou non pour le spectacle, à l’intérieur comme en plein air. La compagnie souhaite aller présenter son travail auprès de tous les publics, quelles que soient leurs habitudes culturelles. Cette pièce ne nécessite pas un grand espace et a peu de contraintes techniques, elle peut donc s’adapter à de nombreux lieux.
Natacha Paquignon et Pierrem Thinet ont choisi pour cette pièce une forme improvisée, où la trame prédéfinie leur laisse
une grande liberté d’interprétation. Comme l’eau, le mouvement et la musique sont mouvants, changeants.
L’intérêt de la
musique jouée « en direct » propose une interaction intime entre les protagonistes. Sur un canevas préétabli, cela laisse
une place importante à l’improvisation, à la spontanéité. La danse n’est plus soumise à une bande-son et l’instrumentiste
peut aussi rejoindre la danseuse à travers sa gestuelle.
La danse et la musique explorent les contrastes entre deux matières : l’eau et le plexiglas. Deux matières qui, à part leur transparence, sont en tout point opposables. Froideur de l’une contre chaleur de l’autre, dureté contre douceur, immobilité contre fluidité… Contrastes entre l’intérieur et l’extérieur, entre la vie et la mort, la fluidité et la raideur, le mouvement et l’immobilité. Cette pièce se développe comme la vie : pleine de contradictions. Les dynamiques se succèdent pour laisser naître une forme mouvante, contrastée.
Un aquarium. Tout petit. Des murs transparents qui restreignent la danse.
Enfermement extérieur qui conditionne un
enfermement intérieur, plus terrible encore. Matière dure, statique, qui détermine des mouvements répétitifs. La danseuse
est comme un lion en cage. Ses mouvements deviennent contraints jusqu’à l’excès. Le corps se débat, essaie de sortir de ce
cadre trop strict. Et finit par se raidir à son tour, par laisser l’immobilité le gagner. Le non mouvement. La mort.
Et puis, le toucher de l’eau provoque le jaillissement. Désir de liberté assouvi, continuité, vie. Dans ce petit espace,
les mouvements de la danseuse paraissent d’une puissance démesurée. L’eau donne au corps un mouvement intérieur qui ne
s’arrête plus, même dans l’apparence de l’immobilité. La lenteur extrême de la fin évoque la sérénité d’avoir trouvé ce
mouvement perpétuel interne dont naît la vie.
Cet instrument à corde frottée a un timbre proche de la voix humaine, qui convient particulièrement au côté organique de
notre travail sur cette pièce. L’amplification permettra de gérer des effets sonores propices à donner au son une dimension
« aquatique ». L’amplification de l’instrument a pour autre intérêt de le traiter ave le bruit de l’eau.
Pierrem Thinet
a choisi de travailler sur le spectre harmonique d’une corde. Cela fait référence à la fois au mouvement des musiques
spectrales des années 60 à nos jours (un son génère toute une série d’harmoniques naturelles), et aux recherches de Pythagore,
qui a étudié les rapports entre les harmoniques « naturelles » d’une corde tendue. Cette utilisation des premières harmoniques
d’une note est en lien avec cette matière originelle qu’est l’eau. Dans une deuxième partie de la pièce, le développement
modal sera directement issu de cette recherche à partir des harmoniques naturelles. Pierrem Thinet cherchera à proposer une
passerelle entre musiques expérimentales et traditionnelles.
L’archet va tenir une place très importante dans le
déroulement de notre pièce. De la même façon que la danseuse laisse le rythme de l’eau s’imposer à son mouvement, le musicien
cherche à ressentir la pulsion des liquides corporels dans son geste. Cela produit une musique reposante ou inquiétante, selon
les instants, suggérant l’ambivalence de l’eau, source de vie et de mort. Un autre intérêt de l’archet est qu’il offre la
possibilité de conserver un flot continu, évoquant ainsi le mouvement de l’eau qui coule indéfiniment.
Le travail des sons dans la danse est une constante du travail de Natacha Paquignon. Elle exploite ici les sons des deux
matières, l’eau et le plexiglas. Là encore, ce ne sont que contrastes. Grincement du plexiglas et murmures des clapotis,
sons cassants du plastique et douceur des vaguelettes.
Le sonore prend ici une place aussi importante que le visuel.
Notre monde est submergé par le visuel. L’oreille humaine enregistre et trie sans cesse les sons qui lui parviennent, mais
pour les comprendre, nous devons les relier à l’objet qui les produit. La position du public tout autour de l’aquarium permet
de jouer avec la perception auditive du spectateur. Cet espace particulier suscite l’écoute : une partie du public peut voir
la source des sons, l’autre non. Le son devient lui aussi une émotion, une sensation sonore, un mouvement.
Natacha Paquignon et Pierrem Thinet souhaitent poursuivre leurs recherches sur cette pièce par un travail plus précis sur
les sons aquatiques. Le traitement de cette source sonore que deviendra l’eau offrira d’innombrables possibilités. Le
musicien pourra, depuis sa place hors des murs en plexiglas, déclencher des effets sonores en relation avec les mouvements
de la danseuse dans l’eau.
Cette recherche sonore requiert des moyens techniques que la compagnie ne possède pas, et
nous sommes à la recherche d’une structure qui puisse nous accueillir et nous aider matériellement pour la réalisation de
cette pièce.